Coaching vs Thérapie, l’éloge de la distinction

Nicolas Sadoul, Odacio consultant

26 Juillet 2017

Les coachs professionnels sont souvent interrogés sur la différence entre notre profession et la thérapie. J’y vois deux approches possibles.

Coaching vs thérapie, une distinction socio-économique

La question de la légitimité académique, source de légitimité institutionnelle et juridique peut être vue en socio-économiste : il s’agit pour l’institution publique (diplômes et autorisation d’exercer) ou l’organisation professionnelle privée (qui délivre la qualification d’un moyen de contrôler) les « insiders » sur un marché du travail régulé par les détenteurs de ce capital social. Cela permet à leurs détenteurs (les psychologues diplômés par exemple …demain les coachs diplômés ?), de maximiser leur investissement (durée et difficulté de leurs études, exigence pour décrocher le diplôme) mais également de réguler ainsi les concurrences et conforter leurs positions acquises (parts de marché, position dominante sur un secteur d’activité, reconnaissance institutionnelle, universitaire…). Les prétendants (ici cela pourrait être les coachs) essayant de contester par de nouvelles formes d’intervention ces positions acquises (nouvelles méthodes, critiques des pratiques dominantes, élaboration de nouvelles compétences à faire reconnaître par les institutions dans un rapport de force dans le champ concerné, bataille universitaire pour faire exister dans le champ des sciences humaines une discipline à part entière…). L’exemple québécois peut être ainsi mobilisé : on ne peut être thérapeute si l’on n’est pas diplômé de psychologie. On voit donc fleurir le terme « coachs Gestalt » par exemple pour contourner cet obstacle institutionnel.

La construction d’une légitimité professionnelle (diplôme ad hoc, association professionnelle, certification…) est un moyen classique de réponse d’une part à la volonté de pénétration d’un marché mais d’autre part, à la construction d’une capacitation (forme de légitimité propre « je me pense légitime pour être coach, ou thérapeute… »), d’une autorisation que nous allons nous délivrer à nous-mêmes pour embrasser une pratique, un métier, une profession que nous pensions jusque là réservée à d’autres acteurs qui eux sont présentés comme…légitimes. La déontologie (charte de l’EMCC que nous signons, forme d’engagement légitimant pour les acteurs et les clients) en serait une condition extrinsèque. L’éthique, élément intrinsèque, propre à chacun, va fixer les conditions personnelles, intimes qui nous autoriseront à nous qualifier comme coach ou comme thérapeute.

Coaching vs thérapie, une distinction philosophique

Mais l’analyse socioéconomique ne suffit pas. En effet, pour qui a déjà vécu une ou plusieurs thérapies « volontaires » (au sens où j’ai choisi librement de m’y engager) voit bien la similitude de l’approche, des outils que nous utilisons pour accompagner sur la voie d’une transition, d’un changement ou d’une transformation. Soit nous considérons que toute forme d’écoute rogérienne est une thérapie au sens où elle va permettre au client de se mieux vivre lui-même, et nous pouvons effectivement considérer que les frontières entre le coaching et la thérapie sont d’une porosité forte; Dans cette perspective, la « frontière » permet de catégoriser, de pixéliser le réel pour mieux (tenter de) le comprendre, de le travailler, mais aussi pour mieux le contrôler. Soit nous considérons à l’inverse, que notre action d’accompagnement est cosmétique : elle embellit superficiellement à la fois une démarche d’écoute comme nouveau produit, mais aussi le client pour seulement le conforter dans une identité subie (le coach serait dès lors « l’idiot utile » du modèle managérial dominant dans la firme néolibérale).

Ni cosmétique, Ni « idiot utile »

Pour ce qui me concerne, je me range dans la première catégorie considérant que cette différence est une construction culturelle que nous devons interroger à l’aune de notre identité. Cette différence ne tient-elle pas dans la nature, le degré de souffrance et de lucidité du client et sur la compréhension de la situation vécue par le coach? Certains auteurs et chercheurs, notamment pétris des approches rogériennes et plus largement de l’Ecole de Palo Alto, ne parlent-ils pas d’ailleurs à propos du coaching de « thérapie brève» ?

Pour ma part, je me satisfais aujourd’hui, au stade de mon évolution comme coach (ma formation, mon expérience, mon propre degré de développement personnel, les clients avec lesquels je veux travailler), de la catégorisation suivante : la thérapie a vocation a prendre en compte des pathologies et comme étant axée principalement sur le pourquoi ; le coaching a vocation à prendre en compte des « états non désirés » et étant principalement axé sur le comment. J’en perçois les limites, j’en vois même les signes d’une aporie. C’est sans doute le résultat d’un rapport philosophique. Concevoir l’autre comme malade, égo comme malade, la société comme souffrante n’est pas mon paradigme. Je ne me considère donc pas comme un soignant mais comme un accompagnant, un facilitateur, un guide dans son acception andragogique. Accompagner, questionner, écouter, est une forme de lien social complexe où la solidarité et la fraternité/sororité (ce qui n’est pas pour moi synonyme de naïveté, d’incompétence et de laxisme) sont au cœur d’une démarche spirituelle, éthique ; de ma déontologie de coach. Comme l’écrit l’un de mes confrères, [je considère] « le coaching et la thérapie sous l’angle des stratégies mentales et non sous un angle pathologique. Le postulat de base sera donc que le client n’est pas « cassé », mais a simplement développé des stratégies mentales qui, aujourd’hui, ne sont plus adaptées. Cette approche permet de cibler le champ d’investigation, tout en élargissant les possibilités d’action »

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